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Ce n'est pas l'injustice en soi qui nous blesse, c'est d'en être l'objet

 Petite conversation en cours de littérature américaine

 -Eh, Frenchie, combien c'est un paquet de M&M's en France ? Tu sais ce que c'est des M&M's, pas vrai ?
Je le fixai d'abord sans répondre. C'était un truc typiquement américain ça, penser que Mac Donald's, Coca Cola ou même New York étaient complètement étrangers aux étudiants d'échange.
-Je sais pas, répondis-je, autour d'un euro pour les plus petits, soit... un peu plus d'un dollar.
-Tu as dit un euro ! S'exclama Jonathan, est-ce que tu es familière avec les dollars ?
Je fronçai les sourcils.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
Il sortit cinq dollars de son portefeuille.
-C'est quoi ça ?
-Cinq dollars.
-Et ça te parle ? C'est pas dur à lire ?
-Non, c'est cinq dollars, quoi. Y'a le chiffre en gros.
-Ok, maintenant voyons avec ça.
Il lança quelques pennies sur la table.
-C'est deux quarts de dollars, fis-je en observant les deux pièces argentées qui arboraient l'aigle à tête blanche américain.
-Et ça ? Fit-il encore en me tendant une dime.
-C'est dix pennies.
Quand mon cours de monnaie fut terminé, Jonathan échangea un sourire avec son voisin et se remit à fouiller dans son portefeuille.
-Ok, les filles, maintenant je vais vous demander si vous avez déjà eu à utiliser ça.
Il en sortit un préservatif et le jeta sur la table.
Pri et moi nous sommes regardées, l'air affligé. La conversation n'avait pourtant pas débuté trop mal. Pourquoi tout devait dégénérer?
-Oh, fit-il, peut-être que vous savez pas ce que c'est ! En gros : est-ce que vous êtes vierges?
Je le fixai perplexe. Était-ce là le genre de discussion qu'il avait avec tout le sexe opposé ? Il balançait juste une capote sur la table et c'était sensé être super classe ?
-Je ne suis pas certaine que ce soit tes affaires, répondis-je glaciale.
-Ca, ça veut dire que oui, dit-il en échangeant un rire gras avec son voisin.


-Priscilla, Aude, appela Ms Davis, vous comprenez le sujet du devoir ?
-Oui, nous répondîmes.
Elle repartit et nous nous retournâmes vers nos voisins qui nous lorgnaient avec une concupiscence à peine dissimulée.
-A quoi vous occupez votre temps libre dans vos pays ? Demanda Jonathan.
Nous haussâmes les épaules.
-Voir nos amis, aller au cinéma, faire du shopping... enfin les mêmes choses que vous quoi.
-Moi je vais à l'église le dimanche. Je ne raterais jamais la messe le dimanche. Vous êtes beaucoup croyantes ?
Pri s'empressa d’acquiescer en précisant qu'elle ne pratiquait pas.
Quant à moi, je jetai un œil au type à côté de moi, ce même type qui avait hurlé en classe quelques semaines plus tôt qu'il fallait brûler tous les athées. Aussi protectrice de mes opinions que je pouvais être, je n'avais pas envie de voir notre ami Tyler déambuler avec ses amis fanatiques déguisés en partisans du Klu Klux Klan, torches enflammées à la main un soir dans mon quartier.
-Euh...anônai-je.



-Tu y réflechis encore ? Demanda Jonathan d'un air magnanime.
-C'est ça, mentis-je.
-Je comprends, je comprends.
Je pus recommencer à respirer.
-Et euh, vous aimez quoi dans votre pays ? Questionnai-je pour changer de sujet.
-On peut faire ce qu'on veut, répondirent-ils.
-Et qu'est-ce que vous n'aimez pas ?
-Obama, dit Tyler.
-Pourquoi ? Demanda Jonathan, parce qu'il est noir ?
-Parce qu'il veut me voler mes fusils.
-Oh, lâchai-je, donc dans cet état vous pouvez garder des pistolets chez vous ?
-Ouais.
-Et vous en avez un rien qu'à vous ?
-Moi j'en ai cinq rien qu'à moi, répondit Jonathan.
Je déglutis.
-A quel âge tu les as eus ?
-Dix ans.
Mes yeux s'exorbitèrent.
-Et toi? Demandai-je à Tyler.
-Sept.
Moi et Pri échangèrent un regard alarmé.
-Et à tirer ?
-Sept.


...



J'hochai la tête, ils étaient là les gamins qu'on voyait dans les infos internationales quand il y avait des shootings dans leur lycée. Recevant des fusils de chasse pour leur anniversaire, assassinant leurs camarades de classe cinq ans plus tard. Je les rencontrais enfin.
J'étais encore choquée à midi de la manière vulgaire et crue avec laquelle ces gens nous avaient parlé. Ce n'était pas la première fois que je voyais des mecs s'adresser à des filles de façon si inappropriée, et encore dans notre cas ce n'était pas grand chose. 
Plus effrayant encore, j'ai remarqué que seulement les filles célibataires se faisaient emmerdées de la sorte. Et tout avait pris sens, ici aux USA c'est hyper important d'être casé, d'avoir un copain ou une copine, je ne mens pas quand je dis que pratiquement tout le monde est en couple dans mon lycée. Et c'est ce que je trouve incroyablement triste, cela voulait dire que de nos jours une fille avait besoin d'être en couple pour se faire respecter par les autres mâles de son entourage ? Vraiment ? On était réellement au 21ème siècle là ? 


Sinon j'ai vu le film:




Et je sais pas si c'est parce que je suis à l'étranger, seule, sans famille ni patrie, mais ce film m'a fait l'effet d'une bombe nucléaire.
Je n'ai jamais eu l'occasion de pleurer devant un film avant celui-ci et croyez moi ce n'était pas une petite larme discrète de temps à autre, j'ai littéralement pleuré à chaudes larmes tout du long. 
En gros, c'est l'histoire d'un mec qui décide de sauver les habitants de la Terre en partant à la découverte d'une nouvelle planète car la nôtre est sujette à de nombreuses violentes tempêtes de poussière. Ces tempêtes à la longue entraînent des maladies respiratoires et rendent la vie sur Terre invivable, à cela s'ajoute le manque de nourriture et la difficulté pour les humains de trouver leur place dans un monde qui est en train de s'autodétruire. 
Ce mec donc quitte notre système solaire, abandonnant sa fille et son fils en leur promettant de revenir un jour, mais le pourra-t-il seulement?

Bref, je le conseille vivement à tout le monde, pas besoin d'être un fondu de sciences-fiction pour apprécier, croyez-moi.





Et puis,
Tout commence à aller mieux au lycée, les gens que j'aime bien me parle de plus en plus, on m'invite à des soirées entre filles, je sens que je deviens plus proche des gens avec qui je veux devenir ami, je suis plus réactive dans les conversations. Bref, ma vie sociale commence à être plus chargée et c'est un grand soulagement ! Ça signifie que enfin mes efforts commencent à payer...




Parfois la vie s'en balance de vos efforts ou des petites joies soudaines qui illuminent votre quotidien. Non. Parfois la vie s'amuse à tout piétiner sans se soucier de savoir si vous continuerez d’essayer ou non quand elle choisira d'arrêter. C'est comme ça. C'est injuste et pour le moment personne n'a trouvé aucun remède.


- Tu es fâchée?
J'haussai les épaules.
-J'ai juste envie que tout ça soit terminé, et puis je m'en voudrais si vous ne pouviez pas descendre en Floride à cause de moi.
-Oh, non chérie, tu n'as pas à te sentir coupable ! Don et Morgan pourront aller passer Thanksgiving à Melbourne s'ils le veulent, ne t'en fais pas !
-Tu pourrais appeler Merle, demandais-je, ou Jennie, comme ça toi aussi...
-JAMAIS, articula-t-elle, quelle genre de mère je ferais si j’abandonnais ma fille d'accueil seule dans un hôpital ? Je ne te laisserai jamais tomber, tu entends? Jamais. 
Elle serra ma main dans la sienne.
-Et puis c'est sans doute juste une côte fêlée, tu as vomi toute la nuit du vendredi soir et ensuite tu as dormi pendant vingt quatre heures. Ce n'est pas la peine de s'alarmer pour rien. On va sans doute tous allés en Floride pour Thanksgiving et tu rencontreras toute la famille !

Nous arrivâmes au Beaufort Memorial Hospital et Chantelle m'aida à sortir de la voiture pour nous diriger vers les urgences. 
Là, la plupart des infirmières m'avaient vue au moins une fois dans leur vie et un médecin me demanda même comment allait mon pied depuis l'autre fois. Tu vois lecteur, tu te rends compte que les choses commencent à tourner au vinaigre quand les médecins te reconnaissent à l'hôpital du coin. 
Chantelle expliqua mon cas à une infirmière derrière le bureau et on m'installa dans une chambre où on me fit quatre prises de sang. Une dame m'enfonça un cathéter dans une veine du bras gauche et me mit sous perfusion. Elle prit ma pression sanguine qui se trouva être basse.
On me dit que je devais passer un scanner, alors on me fit boire un liquide immonde dans lequel on avait versé un parfum d'orange artificiel, le tout versé dans une bouteille de Powerade, sûrement pour faire croire que c'en était vraiment.
Quand je fus pleine de ce liquide phosphorescent, on me fit marcher jusqu'à la salle de scanner, chaque mouvement me cisaillait le côté droit de l'estomac et chaque bouffée d'air que j'inspirais me faisait le même effet.
Avant de me faire passer dans l'anneau du scanner, on m'injecta un autre fluide qui me donna l'impression que mon sang était passé de 37 à 50 degrés, puis la table se mit à bouger. L'urgentiste trouva drôle d'avoir mis les instructions en français, ainsi une voix complètement artificielle m'ordonna de retenir ma respiration.
Je regagnai ma chambre et j'attendis. On regarda Pirate des Caraibes sur ABC et j'observai perplexe les cascades de Johnny Depp en me disant que je mourrais de douleur si je pliais seulement ma jambe droite jusqu'à mon ventre.

Et puis un infirmier est arrivé, et je me suis dit que je devais sacrément pas avoir de bol parce qu'il a déclaré:
-On a regardé les résultats du scanner, son appendice a commencé à se tordre vers son colon. On va devoir opérer.
-Oh c'est pas vrai, a lâché Chantelle.
Je fermai les yeux, qu'est-ce que j'avais fait pour mériter ça ? La malchance ne pouvait pas me foutre la paix pour une fois ?
-Aude ? Chérie ? Ça va?
J'ouvris les yeux en soupirant.
-Oui, ça va. Est-ce que tu peux prévenir mes parents s'il te plait ?
-Oui chérie, je vais aussi appeler Denise et Jennie.
Une demi-heure plus tard le médecin poussait mon lit vers la salle d'attente pour l'opération. Chantelle avait désespérément essayé d'appeler chez moi sans succès, avec six heures de décalage horaire, il était une heure du matin en France et mes parents devaient dormir à poings fermés.
Une demie douzaine de médecin m'expliquèrent ce que je savais déjà : ce qui était en train de m'arriver et l'opération chirurgicale qui allait suivre. Je ne les écoutais que d'une oreille en observant une infirmière m'administrer une dose d'antibiotique.
-Tu es bien la fille la plus courageuse que je connaisse, murmura Chantelle.
Je grimaçai un sourire.
Je me fichais bien d'être courageuse ou lâche, je n'avais même pas choisi de l'être, donc en soi ça n'était pas vraiment du courage. Et en prime, je venais juste de gâcher les vacances de tout le monde.
-Ça t'embête si on fait une prière avant qu'on t'emmène ?
Je lui dis que non, ça ne me dérangeait pas, elle prit ma main dans la sienne, ferma les yeux, inclina la tête et commença à prier à haute voix.
Et puis le médecin déclara qu'on devait y aller et Chantelle m'embrassa sur la joue. 
Alors, on fit rouler mon lit dans les corridors et je remarquai que j'allais avoir ma première anesthésie générale sans que ma mère ne soit au courant de rien. Et puis je me suis sentie triste. Je me suis dit que mes parents allaient encore devoir se ronger les sangs. Pour rien. 
Enfin, nous gagnâmes la salle et on me demanda de glisser mon corps de mon lit à la table d'opération. Je soulevai alors mon bassin dans un ultime effort qui me fit l'effet d'un coup de poignard dans les côtes et je me laissai choir sur la plateforme.
On me plaça un masque à oxygène sur le visage et j'eus l'impression de suffoquer.
Après ça, l'infirmier dégaina une seringue.
-Alors tu viens de France ?
-Oui.
Mes yeux se croisèrent sans que je l'eus choisi.
-Tu aimes bien les Etats-Unis?
-Oui.
-Et comment tu t'appelles ?
Je répondis "Aude", puis tout devint noir.


Quand je me réveillai, ou plutôt, quand je fus consciente à nouveau que mes oreilles pouvaient entendre et que mes yeux pouvaient voir, j'eus l'impression d'étouffer. Je toussai violemment et me stoppai net en me rendant compte que rien que le fait de respirer trop fort me torturait l'estomac.
-Tout va bien, fit la voix d'une infirmière, c'est normal.
Je voulus dire quelque chose mais je fus incapable de décrocher un son.
-On a du t'intuber, expliqua-t-elle, tu vas avoir la voix un peu enrouée.
On poussa le brancard jusque dans ma chambre, les murs tournaient autour de moi et le sommeil collait à mon corps comme un vêtement mouillé.
En entrant dans ma chambre, je vis les visages fantomatiques de Chantelle, Morgan, Don, Jennie et son mari. Don se pencha et me dit quelque chose mais je ne me souviens pas quoi, je me rappelle juste lui demander si mes parents étaient au courant, et lui de me répondre par la négative.
Et puis, je me rendormis encore. 
Je pensais qu'avec l'anesthésie et la morphine, la nuit allait être rapide et reposante mais mes points de sutures tiraient et je me souviens juste que je me trouvais dans un état semi-comateux, au bord du sommeil, mais pas au point d'y tomber totalement.
Don me veilla d'abord, puis Chantelle pris la relève. Elle resta dormir toute la nuit auprès de moi, le corps calé à moitié dans un fauteuil, à moitié dans une chaise en plastique. Je ne sais pas qui de nous deux a le mieux dormi ce soir là. C'était bon de ne pas se savoir seule. Malgré tout ce qui m'était tombé dessus, c'était bien la seule chose qui ne m'avait pas giclé à la figure : la solitude.
Puis à deux heures du matin, Chantelle me brandit le téléphone sous le nez et je pus voir le visage inquiet de mon père.


Le téléphone avait sonné sept fois chez moi pendant la nuit sans que personne n'entende rien. Ma mère avait reçu les messages catastrophés de Chantelle qui la renseignaient heure par heure de ce qui était en train de m'arriver. Quant à Don, il avait appeler mon père plusieurs fois pour le tenir au courant.
Ce fut donc une journée longue qui se déroula, plusieurs personnes m'ont rendu visite et ça m'a faisait plaisir. On m'a couvert de petites attentions qui m'ont redonné le sourire, de peluches, de fleurs et de ballons multicolores.
Puis dans la matinée, mon estomac a commencé à me refaire souffrir sérieusement et on a appelé un infirmière pour qu'elle m'administre un anti-douleur.
Ce qui est lourd quand tu es un étudiant d'échange, c'est que les gens adorent te poser mille et une question sur ton pays et tester leur français approximatif. Je ne pensais pas que ça continuerait même à l'hôpital, mais je me trompais. L'infirmière me narguait belle et bien avec sa seringue de morphine trouvant drôle de s'entrainer à dire "Bonjour" et à me poser des questions sur ma famille française, me parlant de la fille de la fille de sa cousine germaine qui faisait ses études quelque part dans les mystérieuses terres de France....


Jevoudraisjustemonantidouleurenfait.

Comme j'étais sous morphine, j'avais le degré d'attention d'un écureuil et rester étendue dans mon lit à observer les fissures sur le plafond de ma chambre resta la chose qui occupa le plus cette journée.

Affichage de photo.JPG en cours...

Vers quatre heure, j'ai quitté l'hôpital pour regagner la maison où j'ai pu me morfondre sur mon sort en écoutant la BO d'Interstellar.


Pour le moment, le truc le plus dynamique que j'ai pu faire s'est résumé à accompagner Chantelle faire les courses pour Thanksgiving en faisant pratiquement du sur place dans le supermarché, le dos courbé en deux, supportant un demi-million de "Are youuuuu okaaay ?" de la part des employés de rayon.



Qu'a inclus cette petite visite inopinée à l'hôpital durant les vacances? 
Car oui, je parle bien des vacances, lecteur, celle que j'attendais depuis trois mois, aussi courtes soient-elles! Car oui, je devais descendre en Floride et faire des tas de trucs incroyables pour Thanksgiving sauf que.... ben non en fait. Thanksgiving est plus ou moins monté jusqu'à moi puisque Chantelle refusait catégoriquement que je voyage...

Voilà, Thanksgiving était bien sans être non plus extraordinaire, je n'ai pas beaucoup mangé car mes antibiotiques me coupaient l'appétit. Le lendemain c'était Black Friday, ou les soldes de ta vie, alors j'ai tenté d'aller faire du shopping en marchant comme une tortue malade et ça m'a épuisée.

Que dire de plus lecteur, en ce moment je me suis remise à travailler. Oui, aussi incroyable que cela puisse paraître les américains ne bossent jamais, ou du moins n'en ont pas la même définition que moi, il réchauffe une chaise de leur postérieur et regarde des vidéos Youtube que leur passe leur prof. Je me suis donc, ou plutôt ma mère, inscrite au programme IEP Tremplin, qui propose des cours en ligne pour préparer le concours IEP. Bref, tout ça pour dire que ça me fait bizarre de me dire:

"Je dois travailler aujourd'hui."

Et puis je me dis que c'est drôle quand même comment j'ai évolué,

Moi avant de partir:



Moi  maintenant:


Bien, il est l'heure de nous quitter, avec un peu de chance d'ici mon prochain article je ne me serai pas cassé les deux jambes!
                              ¡Hasta luego!




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