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Can you hear me Major Tom?

Bonsoir lecteur, 
Voici l'article que tu attends depuis longtemps:

Ma première semaine de lycée américain

Alors, j'aimerais bien te dire, lecteur, que je suis émerveillée, j'aimerais bien te dire que c'est décidé je reste finir ma scolarité ici, j'aimerais bien te dire que les ados américains que j'ai rencontrés sont naturellement chaleureux et amicaux, sauf que ce n'est pas le cas.



Eh oui, Comme un petit oiseau naïf et déplumé j'ai pris mon envol lundi matin en imaginant que le lycée sudiste dans lequel j'allais passer l'année ressemblerait de toute pièce aux autres lycées américains. Sauf que je suis en Caroline du Sud ici, ce qui signifie, en ajoutant que je vis à Beaufort (petite ville certes sympathique mais seulement pour les touristes) que l'univers, l'ambiance générale de mon lycée est plus ou moins catastrophique.

Je m'explique, lecteur, je vis dans une ville où plus de la moitié des habitants est issue de milieux défavorisés et bien sûr les adolescents font partie de ces statistiques. Cela implique entre autres une assiduité qui laisse à désirer, une école attrayante par ses corridors colorés et ses flamboyants trophées mais qui dévoile sa vraie nature en cours lorsque les élèves hurlent et ne prêtent aucune attention aux professeurs, des élèves qui se fichent comme d'une guigne que tu sois étudiant d'échange tout simplement parce qu'ils ne savent pas placer l'Europe sur une carte. 
Bref, je suis rentrée de ce premier jour d'école comme si je venais d'échapper à un tsunami.


Je me suis alors demandée comment j'allais pouvoir passer une année scolaire complète là-bas, comment j'allais pouvoir supporter les rires gras des élèves à chaque cours, comment j'allais pouvoir me faire des amis si 90 pour cent des gens correspondaient au portrait type de l'ado que je ne peux pas supporter : irrespectueux, vulgaire et grande-gueule qui n'a rien à dire.
J'ai donc passé ma soirée le nez plongé dans Le Prince des Marées, en me disant que Pat Conroy n'avait pas complètement tort lorsqu'il disait que les Sud-Caroliniens étaient des dingues.
J'ai aussi passé la nuit à me dire que ça n'allait pas se passer comme ça, que je n'allais pas regretter un choix aussi important. Tout de même ! Tous les élèves ne pouvaient pas être comme tous ceux que j'avais rencontrés ! C'est donc déterminée que j'ai entamé mon deuxième jour à Battery Creek.

Le truc avec les préjugés, c'est que tu mets directement les gens dans des boîtes imaginaires, et j'avoue que c'est ce que j'ai fait avec les Pom-pom girls de mon lycée lorsque je les ai vues faire leur démonstration le premier jour, et je n'imaginais pas qu'elles seraient les personnes les plus sympas que je rencontrerais. C'est donc dans ma classe de maths et au "lunch" que j'ai rencontré Summer, Shelly, Jasmine, Raven et bien d'autres. A vrai dire, au premier lunch j'avais peur d'essuyer un :


Ici, les gens sympas avec qui j'ai fait connaissance m'ont tout de suite avertie de ne faire confiance à personne, que le lycée avait eu différents problèmes avec des dealers de drogues auparavant et que ça stagnait toujours un peu. 
J'avoue que ça a un peu beaucoup refroidi mon american dream, mais j'ai gardé la tête sur les épaules en me disant que je progressais. 

J'ai ensuite, enfin, rencontré mon coach de Cross Country, et pour le moment cette team est la meilleure chose qui me soit arrivée. Le premier jour était rude (36 degrés quand même) mais les gens sont cools et y a un vrai esprit d'équipe qui me plaît bien. Le coach est super aussi, un sudiste pur originaire de Charleston qui m'a construit des tablettes de chocolat en l'espace d'une semaine en m'entraînant comme une dingue sur des machines de muscu qui ont fait la guerre.
Ah oui, et aux US c'est normal de courir two miles dans le lycée quand il fait trop chaud dehors. Oui, dans le lycée, genre dans les couloirs.
Mais aussi quand tu cours dehors, en Caroline du Sud, c'est quand même vachement cool, parce que tu te crois dans ce film :


Ici, tout est hyper sécurisé, les surveillants portent l'uniforme de treillis et ont leur flingue à la ceinture, les portes des salles de classe s'ouvrent uniquement de l'intérieur, tu as besoin d'un pass spécial pour aller aux toilettes, tu ne peux pas être dans les couloirs (mais genre alors PAS DU TOUT) tant que la cloche n'a pas sonné. 
Autant te dire lecteur qu'après deux semaines, j'ai beau faire tout les efforts du monde, tout est toujours aussi dur à l'école. J'ai beau avoir la famillle d'accueil la plus fantastique qui existe et les paysages les plus beaux du Sud-est, la réalité se trouve entre les murs de Battery Creek. 
J'ai rencontré la semaine dernière une fille de ma classe de théâtre, elle m'a demandé si j'aimais bien le lycée pour le moment et elle a dû voir mon sourire forcé quand j'ai répondu "C'est pas trop mal" car elle m'a répondu :

"You know, It's not going to change."


...


Au moins j'étais fixée. La fatale malédiction s'est répétée en cours d'histoire, à la fin du cours Mr Morrison m'a appelée et m'a demandé ce que je pensais du lycée par rapport à la France, ce à quoi j'ai répondu comme d'habitude "C'est très différent". Et là encore il m'a adressé un sourire penaud en disant: 

"Tu vois,je sais ce que tu penses quand tu viens dans ce cours mais... je ne veux pas que tu crois que tous les élèves américains sont tous comme eux, ici... c'est spécial."

...




Je ne me suis pas attardée à lui demander ce qu'il entendait par "spécial", j'ai juste continué de sourire comme je le faisais si bien jusqu'ici en répétant qu'il fallait juste que je m'habitue. 
M'habituer, voilà qui était plus facile à dire qu'à faire, même si je rencontrais des gens sympas, je ressentais cette même impression de pitié venant d'eux, comme s'ils prenaient sous leur aile une âme perdue dans un monde trop brutal. 
Et c'est sans compter les questions lourdingues auxquelles j'ai le droit à longueur de temps: 

"Euh, le prend pas mal mais, qu'est-ce que tu fous ici? Pourquoi t'es venue habiter dans ce trou?"

"Pourquoi t'es ici si ta famille est en France? A quoi ça te sert de rester un an à Beaufort?" 

Et chaque fois j'entends bien tout le fiel qu'ils mettent dans ces deux dernières syllabes, Beaufort.

Bon, pour détendre l’atmosphère (ou peut-être pas d'ailleurs)  je vous ai concocté un top 10 des questions les plus stupides sur la France qui m'ont été données d'entendre:

1- T'es venue en voiture ou en avion?
2- Est-ce que Vous Avez Des noirs en France?
3- Vous avez des micro-ondes et des poêles en France?
4- Quoi? Vous avez snapchat et Facebook?
5- Vous avez des chevaux en France?
6- Est-ce qu'on vous bat à l'école?
7- Waw! Vous avez des Macdo' en France?
8- C'est grand la Tour Eiffel?
9- Ah bon? Y a un océan entre l'Europe et les Etats-Unis?
10- Pourquoi tu parles avec un accent? Vous parlez pas anglais en France?

Cette image parle d'elle même.

Aussi, je m'excuse pour ceux qui me bombardent de messages pour me demander des nouvelles et à qui je mets des gros vents. C'est pas que je vous ignore volontairement, c'est juste que vous parler est la dernière chose que je dois faire pour m'intégrer. Genre, il faut que j'ai les deux pieds dans ce pays avant de pouvoir entamer des conversations avec vous, désolé.

Bon, je vois les choses de façon positive en me disant que je fais tout ce qu'un étudiant d'échange modèle est supposé faire : parler aux gens avant qu'ils ne nous parlent, s'intégrer dans une équipe de sport pour se créer de nouveaux amis, ne jamais rester chez soi à ne rien faire. 
En revanche je peux rayer l'étape: " ne pas être trop critique vis à vis de son pays d'accueil", et ceux qui me connaissent savent à quel point critiquer est ma passion. Mais je ne juge pas, pour le moment j'essaye seulement de comparer. Ok, ces élèves sont insupportables mais peut-être qu'ils ne viennent pas tous d'un lycée privé catho de France comme moi.

Bref, pour conclure je dirais que j'ai besoin d'adaptation, je me dis que ce que je vis est unique, que je découvre un coin spécifique des Etats-Unis où tout n'est pas rose. Bon. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Je pense aussi que chaque expérience est différente, la mienne l'est de bien des manières et pas seulement des mauvaises.

En attendant j'ai des plans pour tous les week-end à venir et je dois m'entrainer pour la prochaine compétition de Cross-country, de quoi me tenir occuppée.
Pour finir sur une note sympathique, je vous montre les vidéos de mon premier match de foot américain de mon lycée. Bon on voit surtout les Cheerleaders mais c'est parce que j'étais trop loin ;)











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