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Il y a quelques jours Paul Brousseau s'est gentiment moqué de moi quand je lui ai raconté que mes parents ne m'emmenaient jamais à un concert ou une expo, mais qu'ils avaient une petite agence de publicité. Paul a juste écrit qu'il comprenait "d'où me venait ce petit côté"... Sans préciser lequel ! J'imagine qu'il sous-entendait l'art de faire parler de soi ! Cela ne se fait pas tout seul. Les 4500 articles du blog et dans la presse écrite, les 2000 pièces musicales, la centaine d'albums, mon travail de designer sonore, mes films, les spectacles et quantité d'autres activités, les nombreux prix dans ces différents domaines y sont aussi pour quelque chose. Je me sers des outils actuels comme jadis lorsque nous envoyions mille invitations chaque fois que nous faisions une création importante. Il fallait écrire les adresses à la main et coller autant de timbres sur les enveloppes. Je n'ai jamais eu d'agent, il a toujours fallu tout faire moi-même. J'ai compris très tôt que cela prendrait du temps pour faire accepter mes idées farfelues. J'ai ainsi fondé le label de disques GRRR en 1975, Un Drame Musical Instantané en 1976 en même temps que le studio GRRR, le grand orchestre en 1981, le site drame.org en 1997, les Inéditeurs en 2013, etc. Pas tout seul, cela s'entend. Je suis un homme du collectif : "plus on est de fous, plus on ri".
Ma maman, qui ne comprenait rien à ce que je fabriquais et me sortais tout ce qu'il y a de plus insupportable sur les intellectuels et "les intermittents du spectacle à la charge de la société", disait que ce que je savais mieux faire était de me vendre. Cela m'énervait, mais c'était une manière pour elle de revendiquer son influence de tchatcheuse. Elle avait toujours rêvé d'être camelot ou comédienne. Lorsqu'elle s'engueulait avec mon père, elle jouait d'ailleurs régulièrement la grande scène du 2. Quant à mon papa, il avait été dans le spectacle, mais après sa faillite en tant que producteur de l'opérette Nouvelle-Orléans avec Sidney Bechet et Jacques Higelin dans son premier (petit) rôle, à 40 ans il était retourné à l'école, et pour subvenir aux besoins de sa famille il était devenu représentant de commerce. D'abord pour l'annuaire Qui représente Qui en France ?, puis avec elle qui travaillait déjà dans le domaine, ils avaient fini par monter leur propre boîte, une agence de pub B2B spécialisée dans l'électronique. À l'époque cela signifiait des composants, des transfos, des trucs pour professionnels qui n'avaient rien à voir avec la publicité grand public. Ma sœur les avait vite rejoints. Quant à moi, je leur avais bien précisé que jamais je n'y mettrais les pieds. De temps en temps je les aidais tout de même à trouver un slogan. Je passais à leur bureau surtout faire des photocopies ou piquer des stylos et du papier. J'appelais leur société GirbéBurp. Ils n'ont pas su prendre le train de la révolution informatique et ils ont fini par déposer le bilan après 30 ans d'activité. Ma mère et ma sœur avaient repris le flambeau à la mort de mon père début 88.
Il m'avait aidé à produire quelques vinyles du Drame, mais cela s'était arrêté avec sa disparition, avant que nous passions aux CD. Au début il m'avait mis plusieurs fois le pied à l'étrier lorsque j'avais voulu acheter un électrophone, mon orgue Farfisa et mon synthétiseur ARP2600, en m'en payant la moitié. C'était une façon de ne pas me gâter et de me pousser à travailler pour acquérir ce qui manquait. Quant à ma mère, lorsqu'elle eut compris que je ne porterais pas de cravate et que je ne deviendrais pas ingénieur, elle m'a exhorté à passer le concours de l'Idhec, alors que j'avais décidé d'arrêter mes études pour me consacrer à la musique et au light-show ! J'ai réalisé quelques films, mais ces études m'ont surtout permis d'inventer mon langage musical en empruntant la syntaxe cinématographique plutôt qu'en suivant les règles du contrepoint et de l'harmonie.
Donc Paul a raison. Mes parents m'ont certainement aidé à comprendre qu'il ne suffisait pas que je crée des œuvres personnelles pour que ça me tombe rôti dans la bouche. N'ayant pas de contact dans le métier, il fallait que je les fasse connaître. Voilà vingt ans que je n'appelle plus pour trouver du boulot, persuadé que le téléphone va sonner et que Monsieur De Mesmaeker va me proposer l'affaire du siècle. Il y a donc des moments avec et des moments sans, mais je vis de ma musique depuis 45 ans, malgré son caractère atypique, pour ne pas dire totalement barjo comme j'y fais souvent allusion pour couper court aux conversations oiseuses. J'ai ainsi acheté ma grande maison avec mes droits d'auteur et ma vie a toujours tenu du rêve d'enfant. J'essaie seulement d'éviter que l'on me demande "si je fais encore de la musique". Alors je communique, je me force à sortir de ma grotte, je fais des signaux de fumée et je pense à vous sans qui tout cela serait vain.


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