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L'outil robot au Grand Palais


J'espérais découvrir des mises en scène de robots par des artistes visionnaires, mais l'exposition du Grand Palais promeut essentiellement des artistes se servant de la robotisation comme outil. Cette inversion capitale fournit des réponses cruelles aux questions qu'expose d'emblée la commissaire Laurence Bertrand Dorléac : "Qu'est-ce qu'un artiste ? Qu'est-ce qu'une œuvre ? Que peut bien faire un robot que ne peut pas faire un artiste ? S'il est doté d'intelligence artificielle, un robot a-t-il de l'imagination ? Qui décide : l'artiste, l'ingénieur, le robot, la regardeuse, le regardeur, tous ensemble ? Peut-on parler d'une œuvre collective ?" Ces interrogations nous renvoient hélas des années en arrière, sentiment que procurent les œuvres choisies, pour la plupart datées dans une préhistoire de l'art numérique alors que l'on aurait pu espérer un peu plus d'audace face à cette confusion mêlant l'art cinétique de Nicolas Schöffer, l'art vidéo de Nam June Paik, les machines de Jean Tinguely, l'UPIC de Iannis Xenakis, les œuvres interactives initiées par les CD-Roms avant de s'étendre aux installations tel Les Pissenlits d'Edmond Couchot et Michel Bret ou les fleurs exotiques de Miguel Chevalier par ailleurs conseiller artistique de l'exposition, la récupération et la transposition des données Internet par Ryoji Ikeda ou Pascal Dombis, les simulations de paysages 3D de Joan Fontcuberta, etc. Or chacune de ses voies s'est depuis largement développée grâce à des nouvelles générations d'artistes qui mériteraient d'être mis en lumière plutôt que les sempiternels artistes que la presse paresseuse rabâche depuis des lustres.


Reprenons. Je livre ici quelques réponses personnelles qui mériteraient évidemment développement et débat. Ainsi "Qu'est- ce qu'un artiste ?" Si c'est refuser le monde en en proposant de nouveaux, trop nombreux suivent la mode au lieu de la créer. De nos jours on confond donc souvent les installateurs de vitrines de grands magasins (Koons, Murakami et ici Peter Kogler ou les colonnes de Michael Hansmeyer qui rappellent surtout le Palais des Glaces du Musée Grévin...) aux artistes habités. Qu'est-ce qu'une œuvre ? Une vision, changement d'angle, point de vue personnel... Le processus ne peut se substituer à l'émotion qu'elle procure, que ce soit dans la beauté des choses ou la provocation qui nous oblige à repenser nos repères. Human Study #2 La grande vanité au corbeau et au renard de Patrick Tresset se moque bien des gribouillages des robots traceurs de Leonel Moura. Que peut bien faire un robot que ne peut pas faire un artiste ? Est-ce bien raisonnable de mythifier l'outil comme s'il se substituait à l'urgence de l'artiste ? S'il est doté d'intelligence artificielle, un robot a-t-il de l'imagination ? Comme face à toute machine, oublie-t-on qu'un homme ou une femme a programmé la machine selon des règles humaines dont il a hérité et qu'il ou elle perpétue ? Qu'est-ce que l'imagination, si ce n'est un acte de révolte ? Aucune des machines présentes ne répondait pourtant à un quelconque refus du contrôle, s'affranchissant de ses programmeurs... Qui décide : l'artiste, l'ingénieur, le robot, la regardeuse, le regardeur, tous ensemble ? Cette question épineuse révèle la hiérarchie sociale qui guide le monde des arts depuis toujours. L'artiste conçoit et réalise souvent. L'ingénieur prête son concours. Le regardeur ou la regardeuse s'approprie l'œuvre. Le robot n'est là rien d'autre qu'un outil, comme le pinceau, l'ordinateur ou l'imprimante 3D. Trop d'œuvres contemporaines ne sont que des démonstrations techniques superficielles auxquelles il manque la nécessité. Cocteau disait d'ailleurs que certains s'amusent sans arrière-pensée. Peut-on parler d'une œuvre collective ? La réponse n'existe que dans le partage de l'imaginaire. Encore une fois, il ne faut pas confondre l'art et la technique qu'il emploie.


Les choix de l'exposition Artistes et robots, répartis en trois sections, La machine à créer, L'œuvre programmée, Le robot s'émancipe, m'ont donc paru très arbitraires, coïncidant avec la sélection convenue de toujours les mêmes artistes au détriment de quantité d'autres exclus par le manque de curiosité des curateurs. Tout est terriblement daté. On aurait pu aussi bien montrer des automates des siècles passés. Tant d'artistes multimédia, de compositeurs de musique assistée par ordinateur, de bricoleurs de formes auraient mérité d'être présents. Quel lien réunit la trentaine qui ont été choisis au détriment de tant de créateurs actuels attirés par les nouveaux médias ? L'arbitraire est plus tolérable lorsqu'il est explicite. Mes réserves ne m'empêchent pas d'apprécier l'humour critique de Nicolas Darrot ou les effets spéciaux du cinéma hollywoodien. Mais je suis sorti frustré, avec un sentiment d'usurpation que seul procure le marketing qui gangrène gravement le monde des arts.

Artistes et robots, exposition au Grand Palais, Galeries Nationales Clémenceau, jusqu'au 9 juillet 2018


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