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Londres 2017


Pas trop le temps de muser. M'installer. Il est une heure plus tôt que Paris. Faire la balance. Concert à 19h. Londres est toujours aussi étendue, un puzzle de villes de province reconstitué, sans cesse rénové. Atmosphère très douce du quartier de Shoreditch où se trouve la Red Gallery. Quantité de cafés, restaurants, petites échoppes. Pas encore trop branché, mais ça viendra. La musique électronique y semble très présente...


J'ai appuyé sur le déclencheur à l'instant même où l'Eurostar allait pénétrer dans le tunnel sous la Manche. Depuis des kilomètres en amont, des barrières surmontées de fil de fer barbelés forment un labyrinthe concentrationnaire. Tout est propre, désert, clinique. Aucune trace de migrants. Inhumanité de l'Europe. Même brexitée, la Grande Bretagne en fait toujours partie. Pourquoi la France joue-t-elle son rôle de garde-barrières. Quel sinistre marché fut conclu entre les deux côtés du Channel ?


En 1963 j'avais fait le voyage seul. Autocar jusqu'à Beauvais, avion pour Douvres, train vers Londres, changer de gare pour rouler jusqu'à Salisbury. J'avais 11 ans. La City se découpe derrière la fenêtre de ma chambre d'hôtel. F comme fumée, s comme smoke, le fog qu'ils appellent Le smog est remplacé par une nouvelle pollution. Comme partout. Plus de charbon. C'est déjà ça. Quelques minutes à Londres suffisent pour nous dépayser. Je me promène avec les photographes Olivier Degorce et Johann Bouché-Pillon. Le premier photographiait les fêtes qu'il organisait au début des années 90. Le second a pris le relais depuis trois ans...


Quant à moi je me retrouve épinglé sur le tableau de chasse à l'entrée de l'expo aux côtés de Varèse, Schaeffer, Martenot, Henry, Szajner, Fevre et Jarre. On me voit en bas à gauche à l'ARP 2600 sur scène au Théâtre de la Gaîté Montparnasse en 1975 et en haut à droite au Theremin dans les années 90. Ben Osborne me présente comme une légende. Concert donc du dinosaure en ouverture. Salle comble. Le public est enthousiaste, mais le brouhaha du bar du fond me donne l'impression d'être un pianiste dans un club de jazz. Contrairement à mes prévisions j'attaque sauvagement au Tenori-on avec des sons échantillonnés sur mon VFX, mixés avec une radio locale passée à la moulinette de la Mascarade Machine, quelques scratches électroniques et le quatuor à cordes de la machine à rêves de Leonardo da Vinci. Je découpe cet ensemble fondamentalement expérimental en tricotant la lumière conjuguée à tous les temps. Présent passé avenir. Le grand jeu. Ce sera plus ou moins le sujet de la table ronde rassemblant Olivier Degorce (qui a réussi de très beaux portraits de ma prestation live), du photographe Edouard Hartigan, du directeur du festival Château Perché, de Jack de Marseille et David McKenna en modérateur. La fraîcheur des origines...


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