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Gérard Depardieu et la petite fille à la harpe (rétrojournal : novembre 2017)



Il y a, dans ma vie, une Petite Fille très particulière.
Elle a eu sept ans, il y a peu, et je me demande comment nous avons pu vivre sans elle. Ce Jiaco et mes divers sites sont là pour témoigner de ce qu'était cette vie sans elle. C'est la raison pour laquelle je ne les ai pas détruits.
La petite fille aime follement l'opéra, les ballets et la musique  : cette passion s'est révélée alors qu'elle avait à peine trois ans et a pris de l'ampleur, jour après jour. Elle a su lire et écrire des histoires mystérieuses ou faire des divisions complexes à un très jeune âge. Elle commencé la harpe à l'âge de 5 ans et demi et s'essaie, en ce moment, en parallèle, au violon. Elle avait même pris les devants en allant voir un professeur sans notre permission ! Nous sommes donc allés chercher un violon à sa taille chez un luthier, il y a quelques semaines.

Je l'ai freinée un peu, ces derniers mois. Je l'ai prévenue qu'il faudrait qu'elle renoncât à d'autres activités pour s'y consacrer ; le temps du jeu et même de l'ennui est nourricier. Elle n'a jamais tout à fait joué comme les autres enfants et, déjà nourrisson, elle avait ce regard scrutateur qui semblait vous radioscoper l'âme. La gravité et l'ironie sont parmi ses traits les plus saillants de sa personnalité et me font dire d'elle qu'elle est une vieille âme. La passion est le maître d'oeuvre de son existence. Nécessairement, un enfant imite ses parents, mais il y a quelque chose en propre dans ses adorations, qui ne recoupent pas toujours exactement les nôtres. Elle m'a même convertie à des choses que je dédaignais. Ma fille adore Gérard Depardieu (lui, je l'ai toujours adoré). Ma fille est attirés par les voix et les statures imposantes (Bryn Terfel et Gérard Depardieu sont deux parfaits exemples de sa fascination), les ogres, les loups et les vieilles personnes. Le Roi des Aulnes lui plaira probablement un jour. Elle s'est donc  prise de passion pour l'un des deux plus grands acteurs français vivants (Delon étant l'autre), lors de nos excursions à trois dans le cinéma français, une fois par semaine ; et, lorsque l'album des chansons de Barbara interprétées par Depardieu est entré dans notre maison, elle se l'est approprié. Elle a perçu la sensibilité exacerbée de Gérard. Elle comprend la mort et la fragilité des liens, même si elle croit ou sait que les âmes nouées ne se défont jamais. Ma petite fille est plus fine que les grossiers de ce monde qui font les unes des journaux. J'avais manqué le premier tour de chant de Gérard, j'ai obtenu des places pour celui qu'il a donné ensuite au Cirque d'Hiver. Nous étions donc de ces privilégiés qui ont assisté à son récital, ce samedi 11 novembre 2017. C'est ainsi que je me retrouvée à sangloter dans la pénombre, tandis que ma fille me serrait la main et que mon mari posait sa main autour de mon cou. J'ai pensé à l'absente, à l'éternelle disparue, à celle qui est partie sans même un mot ou un au revoir pour moi. 

J'ai pensé qu'en dépit de ses pépins amers la vie était un beau fruit, pour nous avoir offert 27 ans d'amour, 20 ans de mariage, une belle petite fille de 7 ans. J'ai pensé que, quoi qu'il puisse arriver demain ou dans une heure, il n'y avait rien à rogner dans mon existence. 
J'ai pensé à la longue dame brune. Oui... 






Et je me suis dit :  "... l'enfance est quelque chose de géographique, et donc de palpable et de rassurant, tandis que l'âge adulte ne relève plus que du temps sur lequel, bien sûr, aucun être humain n'a la moindre maîtrise." (Didier Decoin, Lewis et Alice) L'enfance spatialise une achronie, nourrit d'espace cette absence de durée et de division intérieure. L'enfance est une projection, une extension ; l'âge adulte est une digression permanente et une réduction au temps, une restriction... Oui, l'enfance connaît une espèce de division cellulaire dont Barrie, comme Lewis Carroll, Tournier et bien d'autres, situe la première étape aux alentours de douze ans. Après douze ans, c'est foutu. Mais les artistes véritables ne connaissent pas cette malédiction jusque dans ses moindres raffinements. Le phénomène est aheurté, il y a une part d'eux-mêmes qui ne grandit pas. C'est au coeur de cette île en eux que ma petite fille se rend pour s'asseoir tout au bord et pêcher à la ligne, dans les eaux tourmentées de la raison, le coeur des artistes qu'elle admire. Celui de Depardieu.




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