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Les 7 « péchés » capitaux de l’« expert » Jean-Jacques Wondo sur la question de l’occupation du territoire congolais par le Rwanda (1ere partie)

Jean-Jacques Wondo

Jean-Jacques Wondo

Après la publication d’un article de Jean-Jacques Wondo, analyste des questions militaires liées aux FARDC (Forces armées congolaises), traitant de l’occupation [ou pas] de la RDC par le Rwanda, plusieurs compatriotes ont voulu avoir mon opinion sur cette question qui fait couler beaucoup d’encre et de salive ces derniers temps. 

Je tiens à préciser que je ne suis pas membre de l’Apareco, et les problèmes qui existeraient entre cette plate-forme et Monsieur Wondo ne me concernent aucunement. J’ai tenu à réagir pour éclairer nos compatriotes sur cette question, car j’estime qu’il est essentiel que les Congolais comprennent réellement certains pans de l’histoire de leur pays. Je n’ai pas, dans ce petit papier, la prétention de tout savoir mais néanmoins, dans un dossier aussi sensible que celui de la RD Congo, le public est en droit d’être informé avec la plus grande rigueur.

Dans son article, qui est en fait une attaque à peine voilée contre le leader de l’Apareco, Honoré Ngbanda, qui défend, comme bon nombre de Congolais, la thèse de l’occupation, Jean-Jacques Wondo réfute l’argument de l’occupation du Congo par son minuscule voisin. Pour étayer son argumentation, JJW s’appuie sur l’article 42 de la IVe Convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre, lequel stipule que « [un] territoire est considéré comme occupé lorsqu’il se trouve placé de fait sous l’autorité de l’armée ennemie ». « Dès lors qu’une armée étrangère contrôle un territoire de manière effective et que cette présence n’est pas approuvée par les autorités disposant de la souveraineté sur ce territoire, il y a occupation » conclut JJW — c’est précisément ce que soutient Honoré Ngbanda dans l’interview qu’il a accordée à Pasteur Bobo sur cette question. Si la définition du mot « occupation » semble faire consensus, c’est au niveau de son applicabilité au cas congolais que les divergences profondes apparaissent — entre les défenseurs de la thèse de l’occupation et leurs détracteurs — et JJW étale ses insuffisances sur la question.

En effet, pour JJW, la situation actuelle du Congo ne permettrait pas de parler d’occupation rwandaise. Il explique que la fin de l’occupation du pays a commencé en 1998. C’est depuis cette date que Kagame perd du terrain au Congo» écrit-il. La défaite du M23, qui « n’a régné que sur la moitié du territoire que le CNDP contrôlait », symboliserait à ses yeux « l’échec progressif » du « rêve congolais » de l’homme fort du Rwanda. Pour prouver que l’occupation du Congo serait une vue de l’esprit, le compatriote Wondo fait observer : « le fait que le Rwanda attaque régulièrement la RDC illustre d’ailleurs qu’il n’occupe pas entièrement la RDC ni militairement ni dans les faits ! Un occupant ne peut pas créer des rébellions (RCD-Goma, CNDP, M23, Massacres de Beni…) pour libérer le pays qu’il occupe. C’est assez contradictoire comme situation. C’est comme si en 1942 Hitler créait une rébellion en France pour combattre le régime de Pétain. » En outre, M. Wondo nous explique que l’occupation du pays a commencé avec la prise de Kinshasa par l’AFDL le 17 mai 1997, et a pris fin avec le départ des troupes étrangères, notamment rwandaises, le 31 août 1998. Pour un individu qui se vante d’être un expert, une telle lecture ne peut que surprendre. Décryptage.

En 1996, les armées étrangères (du Rwanda, de l’Ouganda, du Burundi et de l’Angola) sont intervenues au Congo-Zaïre pour épauler un chef rebelle congolais souhaitant déloger un dictateur en place depuis près de 32 ans — c’est du moins ce que dit la version officielle. Dans cette optique, on ne pourrait assimiler la présence des troupes rwandaises au Congo à une occupation militaire étrangère. À preuve, celles-ci, malgré leur grande influence, ont dû évacuer le territoire congolais sur demande de Laurent-Désiré Kabila. A-t-on déjà vu une armée d’occupation évacuer le territoire qu’elle occupe sur demande des dirigeants occupés? Premier péché de JJW.

Contrairement à ce qu’avance l’« expert », c’est la seconde invasion du pays, le 2 août 1998, qui marquera véritablement le début de l’occupation du territoire congolais par les armées rwandaise et ougandaise. Cette fois-ci, les demandes de Kinshasa exigeant le départ des troupes étrangères du territoire congolais ne seront pas entendues, et comme on le sait, tous les territoires occupés étaient administrés par les hommes de Kigali et de Kampala. Dès lors, comment JJW peut-il prétendre que 1998 marque le début de la fin de l’occupation alors que le territoire venait d’être occupé par des forces étrangères ? Comment peut-il prétendre cela quand on sait que c’est à partir de ce moment-là qu’on a commencé à parler d’une politique d’occupation et de prédation au Congo? Et que dire de la rude bataille opposant les troupes rwandaises et ougandaises à Kisangani pour le contrôle des ressources de cette ville? Depuis quand a-t-on vu les armées de deux pays se livrer bataille sur le territoire d’un troisième qu’ils agressent? Deuxième péché de notre « expert ».

Quand JJW affirme qu’« un occupant ne peut pas créer des rébellions (RCD-Goma, CNDP, M23, Massacres de Beni…) pour libérer le pays qu’il occupe », nous ne pouvons qu’acquiescer, tout en lui rappelant que le Congo n’a jamais eu à faire face à des rébellions, mais bien à des armées d’agression étrangères déguisées en rebellions et utilisant des « Congolais de service », comme l’ont par ailleurs reconnu les experts de l’ONU et les responsables militaires rwandais — Patrick Karegeya, l’ancien patron des services secrets rwandais, ne déclare-t-il pas sur RFI que tous ces mouvements dits « rebelles » sont dirigés depuis Kigali?. Troisième péché de JJW.

À la différence du compatriote JJ Wondo, nous ne limitons pas la compréhension du concept d’occupation à la seule définition énoncée dans la IVe Convention de La Haye de 1907 concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre, laquelle a été élaborée dans un contexte donné et en fonction des réalités du moment résultant d’une situation socio-politique et militaire bien déterminée. Nous nous permettons de pousser la réflexion un peu plus loin. Car il ne suffit pas seulement d’aligner des définitions ramassées ici et là pour donner un sens à un mot ou à une situation, il est aussi question de décrire en fonction de certaines observations constatées à l’analyse des faits et/ou des événements. Pourquoi des responsables politiques et des intellectuels français affirment-ils aujourd’hui que la France a perdu sa souveraineté, alors même que sur le plan pratique, elle semble en tout cas avoir gardé les principaux attributs de celle-ci? Est-ce parce qu’ils ne comprennent plus rien à la définition du mot « souveraineté » ou simplement parce qu’ils constatent, à l’analyse des politiques menées par leur gouvernement à l’égard de Bruxelles, que quelque chose ne tourne pas rond? On peut être consommateurs des concepts et réflexions venus d’ailleurs, mais encore faut-il être capable d’en produire aussi. Évitons de reproduire comme des robots des concepts appris dans les universités et écoles occidentales sans un minimum de recul et d’esprit critique.

À propos du néo-colonialisme, Kwame Nkrumah écrivit ceci : « L’essence du néo-colonialisme, c’est que l’État qui y est assujetti est théoriquement indépendant, possède tous les insignes de la souveraineté sur le plan international. Mais en réalité, son économie, et par conséquent sa politique, sont manipulées de l’extérieur ». En clair, on change les règles du jeu pour ne pas être accusé de perpétuer le système colonial et éviter de s’attirer les foudres de l’opinion publique, tout en maintenant en place tous les mécanismes de domination qui n’ont rien à envier aux pratiques honnies d’autrefois. Nkrumah l’avait bien compris; Kagame aussi en ce qui concerne le Congo.

L’époque et le contexte étant totalement différents, le Rwanda n’a pas eu besoin d’occuper la RDC comme l’a fait l’Allemagne nazie en 1940, il a juste créé les conditions qui ont fait du Congo un pays soumis à ses intérêts et désidératas, comme l’a fait l’Allemagne hitlérienne avec la France. Dans leur rapport de 2002, les experts mandatés par les Nations Unies pour enquêter sur le pillage des ressources naturelles du Congo écrivent : « Sur la base de son analyse de nombreux documents et témoignages oraux, le groupe d’experts estime que la présence du Rwanda dans la République démocratique du Congo a pour but d’accroître le nombre de Rwandais qui se trouvent dans l’Est du pays et d’encourager ceux qui y sont déjà installés à conjuguer leurs efforts pour aider le Rwanda à exercer son contrôle économique. Le départ récent des troupes rwandaises ne devrait pas être interprété comme un signe de la volonté du Rwanda de réduire sa participation considérable à l’opération d’évacuation de ressources précieuses, de réduire l’intensité du conflit armé ou de réduire la crise humanitaire dans la région. L’exploitation économique sous ses diverses formes continuera, mais en s’appuyant sur une force armée moins visible et en ayant recours à d’autres stratégies. »

La dernière ligne du rapport est lourde de signification et en dit long sur la stratégie du Rwanda au Congo. Les experts de l’ONU parlent d’une stratégie de prédation (la même que l’on observait en France sous l’occupation) « s’appuyant sur une force armée moins visible ». De quelle armée s’agit-il? Des forces armées congolaises ou des soldats rwandais? Dans le même rapport, le groupe d’experts dirigés par Mahmoud Kassem souligne qu’en prévision de son retrait du Congo, le Rwanda a «mis en place des mécanismes de contrôle économique qui ne nécessitent pas une présence clairement établie de l’armée patriotique rwandaise». Des hommes d’affaires de Kigali auraient ainsi pris le contrôle des entreprises paraétatiques dans l’est du Congo, où la monnaie rwandaise était toujours en circulation. Pour conserver une présence physique sur place, des bataillons rwandais spécialisés dans la pose de mines se sont fondus dans la population en se débarrassant de leurs uniformes. Est-ce cela la fin du processus d’occupation? Quatrième péché de JJW.

Si les Congolais parlent d’occupation rwandaise, c’est parce qu’ils constatent qu’il y a des similitudes frappantes entre la situation de la France occupée et celle de leur pays aujourd’hui.

Quand JJW affirme que c’est depuis 1998 que Paul Kagame perd du terrain au Congo, l’ancien monsieur Afrique du département d’État, Herman Cohen, note que « selon les USA, le Kivu appartient au Rwanda »; quand JJW avance que tout va bien depuis la défaite du M23, les habitants du Kivu, eux, s’interrogent sur la présence continue des FARDC (Forces armées rwandaises déployées au Congo) sur leur territoire. Pour un pays qui n’est pas occupé, on est surpris d’apprendre que l’élection de Joseph Kabila à l’est a été favorisée par Kagame (lire Colette Braeckman, 2009); on est surpris d’apprendre que les recettes de certaines régies financières sont transférées à Kigali; on est surpris d’apprendre que certaines unités postées à l’Est refusent d’être mutées ailleurs au pays; on est surpris d’apprendre que des Rwandais recevant leurs ordres de Kigali occupent des hautes fonctions au sein des institutions civiles et militaires du pays; et par-dessus tout, on est surpris d’avoir un agent étranger, en l’occurrence rwandais, au plus haut sommet des institutions. 

Pour Jean-Jacques Wondo, aveuglé par une aversion viscérale à l’égard d’Honoré Ngbanda et de Patrick Mbeko pour des raisons que lui seul sait, tout cela ne veut rien dire. Il préfère donc pécher et contre son pays et contre l’histoire de celui-ci pour se sentir à l’aise dans sa peau, étalant ainsi au passage une méconnaissance profonde de la problématique congolaise dont il se dit pourtant expert.

Patrick Mbeko



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